vendredi 13 avril 2007

Se retourner sur son passage


Plus je travaille sur la mémoire, plus ce phénomène me fascine et m'interpelle. Depuis un moment, je m'amuse à me tester moi-même (en psycho rien ne vaut soi-même en tant que cobaye):
  • Qu'ai-je fait lors du jour de mon 16ième anniversaire?
  • Lors des vacances au Portugal en 1999, quels étaient les hôtels dans lesquels nous avons logé?
  • L'été 1997, était-il un été chaud?
  • Qui était mon institutrice en 4ième primaire?
Ok, ça a l'air idiot, mais c'est plutôt surprenant comme expérience. Car le fait de se pencher sur son passé semble réveiller les capacités de mémorisation. C'est comme tirer sur un fil, tout à coup d'autres fils se défont qui mènent à d'autres fils encore... Il m'arrive maintenant parfois d'être face à des souvenirs qui surgissent de nulle part.

Et je suis étonnée à quel point la plupart des gens se passent de leur mémoire, qu'elle soit de nature autobiographique ou sociale (cette distinction est bien sûr artificielle, tout souvenir est autobiographique tout en étant social). Dans notre société, la mémoire est le privilège des vieux, à l'exception de certains domaines pour lesquels existe un "devoir de mémoire". Moi, je suis plus pour le droit à la mémoire, trois fois par jour une petite conversation avec le passé intime, c'est sympa...

Et vous, que faites-vous de votre mémoire?

(Photo: juin 2000, à Texel en Hollande...non je ne me souviens plus du jour ni de l'heure, mais il faisait pas chaud)

mercredi 11 avril 2007

Mesures anti-roucoulement

Ce mois nous avons cassé la tirelire pour que nos deux amies animales soient libérées de leurs pulsions de plus en plus pressantes. C'est vrai que les roucoulements de Gayette commençaient à être pesants, ça sonnait comme de la souffrance, un pigeon enfermé dans un chat. Sans parler des roulements par terre qui feraient honneur aux hystériques du début du 20ième siècle. Chez Nala, les chaleurs étaient moins récentes et un peu moins marquées, si ce n'est sa manie d'ouvrir ses gambettes lors de nos caresses. Ah, pas facile d'avoir des chats pubertaires! Car l'interdit de l'inceste ne va pas de soi pour eux, ni celui de la zoophilie (ou de l'androphilie plutôt...).

La vétérinaire m'a fait un dessin pour m'expliquer la physiologie intime des chats et après l'opération, elle nous a permis de jeter un coup d'oeil sur ces machines super-performantes de reproduction que sont les ovaires. J'ai failli les embarquer pour les sécher et les mettre sous verre, on ne sait jamais si on change d'avis...

Quant aux chattes, on les a récupérées dans un sale état, ces pauvres loulouttes. J'ai eu un brin de mauvaise conscience, leur infliger ça... On fait partie de cette foutue d'espèce humaine qui domine tout sur terre, et qu'est-ce qu'on sait de leurs douleurs?!

Et puis aujourd'hui elles se promènent le ventre rasé et recousu avec de plus en plus d'entrain. Là je me dis que c'est pour leur bien, pour la tranquillité de leur âme (le sexe, le sexe est-ce vraiment si important?!) et leur longévité (l'intervention les préserverait du cancer).

mardi 10 avril 2007

Retourner à Vianden, toujours

Exactement deux mois se sont écoulés depuis que cette photo a été prise à Vianden. Nous y avions passé un très bon moment, malgré la grisaille...

Et là, ce weekend, retour à Vianden pour Pâques, mais quel changement d'ambiance! Sous un ciel radieux, entourés d'oiseaux qui chantent à tue-tête et de plantes qui repoussent de toutes leurs forces. Pas besoin d'écharpe ni de veste pour les promenades.

J'ai l'impression d'être partie en vacances, très loin, un bon moment. On revient toujours en se disant qu'il faudrait y aller plus souvent... Et puis, de toute façon, j'y reste un jour de plus, dans ma tête, incapable comme je suis de me concentrer aujourd'hui.

(Photo par Blandine)

vendredi 6 avril 2007

L'énigme de Pâques


Chaque année la même question revient avec Pâques et suscite des débats passionnés avec l'Homme : Quand le Christ est-il ressuscité, le dimanche ou le lundi de Pâques? Cette année, nous avons carrément consulté le Livre pour comprendre, et pourtant...

Jeudi, on fait le procès du Christ.
Vendredi, il meurt sur la croix
.
Samedi, il est toujours mort, les cloches se taisent.

C'est ensuite que ça se complique, car dans les textes, on dit que Jésus est ressuscité le troisième jour. En comptant de vendredi, le troisième jour est lundi! Donc ma question: Comment se fait-il que chaque dimanche de Pâques, à 4h de l'après-midi je m'écroule dans un canapé à la suite du gigot d'agneau et des nombreux oeufs de Pâques ingurgités (oui, le Bordeaux joue aussi un rôle)? Ou autrement dit :
pourquoi fêtons-nous Jésus ressuscité alors qu'il est encore mort?! Ou est l'erreur? Sommes-nous incapables de compter jusqu'à trois?

Tout tuyau, toute aide est la bienvenue dans cette histoire...

(Photo: Castro Urdiales, Nord de l'Espagne)

mercredi 4 avril 2007

Face à soi

Comment parler de psychanalyse? Comment parler de la sienne, surtout?

Je pense que fondamentalement, ce n'est pas le but de partager avec des tiers ce qui s'y passe. Ce n'est pas nécessaire pour le travail psychanalytique. Par contre, d'un point de vue relationnel cela peut s'avérer important, notamment au niveau du couple, du moment qu'on souhaite rester réellement connectée à l'autre, exclus du processus.

Et puis, au-delà du couple, j'ai besoin de le dire, je ne peux pas taire que je suis en train de vivre une expérience effrayante et revigorante (vous avez dû vous en rendre compte ;-) ! Même face à soi, besoin de témoins...

Heureusement que j'ai trouvé quelqu'un qui en parle de manière merveilleusement pertinente et derrière qui je vais m'abriter : Pierre Rey, dans son ouvrage Une saison chez Lacan. Voici un petit extrait dans lequel je me retrouve (p.89-90):

"A partir de là, j'acceptai d'être nu, je ne cherchai plus qu'à comprendre. Malheureusement, plus j'avançais, moins je comprenais. Chaque pas en avant, ouvrant un champ nouveau de mon inconscient à ma conscience, n'avait pour effet que de me dérober un peu plus ce que je croyais avoir entrevu la veille en me faisant durement sentir la décourageante étendue de ce que j'ignorais.
(...)
La longe bien en main, il ne me donnait aucune indication sur la multitude d'impasses où je m'enlisais. Je croyais avoir trouvé. Je quêtais son approbation. Il acquiesçait d'un sourire. Je sortais de chez lui avec la certitude de tenir quelque chose. La nuit la détruisait : ce n'était pas ça. J'étais donc en droit d'interpréter ses silences devant mes tâtonnements ou l'éclat affiché de mes sophismes comme autant de mensonges de sa part.

J'en tirai deux enseignements.
Le premier, à trouver tout seul. Je n'avais aucune aide à attendre de lui. Mais, chaque réponse amenant une autre question, comment savoir, afin d'y prendre appui pour aller plus loin, si je manipulais la bonne réponse? Le temps jouant son rôle, je le découvris par mes propres moyens : quand je possédais la bonne réponse, la question, soudainement vidée de toute substance, perdait sa raisons d'être et disparaissait d'elle-même. Tour à tour, la multitude de ses facettes m'étaient apparues en pleine lumière : plus de zone d'ombre. A ce stade de certitude ressentie, apaisement et jubilation confondues, je n'avais même plus à demander l'avis de Lacan : Je savais.

Le second était plus troublant : le mensonge de l'Autre est parfois nécessaire pour aboutir à sa propre vérité."

(Photo par Luc)

mardi 3 avril 2007

Le tempérament des villes


Comme pour les personnes, le caractère d'une ville dépend d'énormément d'éléments différents, qui, plus est, interagissent entre eux. Mais au-delà de la structure, de l'architecture ou de la taille d'une ville, la personnalité d'une ville est fortement marquée par le rythme auquel vivent ses habitants. C'est ce que j'aime appeler le tempérament d'une ville.

Le questionnaire
suivant (non approuvé par la science) permet de cerner le tempérament d'une ville: Quand se lève-t-elle? Est-elle matinale ou vit-elle que pleinement la nuit? Quelle est la vitesse moyenne de ses piétons? Quelle est la densité du trafic automobile? Vend-elle à tout moment du jour ou de la nuit, ou pas? Les heures de pointe sont-elles fortement marquées? Quand passent les derniers transports en commun?

Pour illustration, un exemple comparatif, peut-être caricatural, mais personnellement éprouvé, à savoir Berlin et Paris.

Paris est rapide, bondée, stressée et stressante. C'est une ville qui vit par et pour le travail et l'excellence. Les heures de pointe sont longues et marquées, les gens courent partout et cela tout le temps. C'est une ville bosseuse qui ne dort pas beaucoup. Même pour prendre un café en terrasse, il faut se battre (c'est du vécu, je vous assure!).

Berlin par contre est détendue, limite paresseuse. Il doit bien y avoir des milliers de gens qui se lèvent pour leur travail le matin, ça ne se sent pas. Il y a du traffic, mais pas de folie. C'est vrai que le prix des loyers n'oblige pas les gens à se sacrifier sur l'autel du travail. Berlin se lève tard et se couche tard, et de mars à novembre, les gens boivent leur bière au Biergarten (jardin des bières).

Et Liège, cette nouvelle connaissance?
Ben, Liège a un tempérament relax, les gens prennent le temps de papoter. Les étudiants y sont plus visibles que les cols blancs, sans oublier les chômeurs et les toxicomanes. C'est donc une ville plus nocturne que matinale, et figurez-vous, il y a encore quotidennement des bus vers 1:00h du matin.

(Si cette histoire de tempérament reflète mon ressenti personnel, je suis néanmoins persuadée qu'on pourrait objectiver ces impressions! C'est bien la situation socio-économique d'une ville qui est déterminante au niveau de son "tempérament". Elle détermine les habitants qui de leur côté animent la ville.
(Non, non, pas de thèse en urbanisme! ;-) Luxembourg et Bruxelles sont aussi des "cas" intéressants...)

(Photo: métro parisien)

dimanche 1 avril 2007

Sur le terrain!


Après environ 6 mois de lectures et de recherche théorique, je suis prête à commencer "le terrain". Difficile de l'affirmer comme ça, de manière franche... Car quelque chose crie en moi: "Foutaises, rien n'est prêt!!!"

Mais je le répète jusqu'à faire taire la voix criarde: je suis prête à délaisser la théorie pour aller vers le vivant, pour aller découvrir des réalités sociales enfouies, des contrées psychiques inconnues, je révélerai à la face du monde des faits inouïs et merveilleux...
Euh...je m'égare, je crois...

A vrai dire, ça me fait l'effet de partir dans le désert avec un bagage à main quelconque. En ouvrant ma saccoche, les outils qui s'y trouveront seront certainement en grande partie inadaptés. Le passage de la théorie, lisse et précise, à l'humain, m'est pénible, car elle me confronte avec le non réduisible, avec le non maîtrisable, avec la souffrance aussi. Ensuite j'espère que la rencontre avec l'humain me rappellera pourquoi je me suis embarquée dans cette aventure.

(Photo: Maroc)